Prêter de l'argent à un proche : se protéger sans casser la relation
Mis à jour en juillet 2026 · Lecture : 5 minutes
Un frère qui traverse un moment difficile, un ami qui lance son entreprise, un enfant qui achète sa première voiture… Prêter de l'argent à un proche part toujours d'une bonne intention. Mais c'est aussi l'une des premières causes de brouilles familiales : selon les études sur le sujet, une part importante des prêts entre proches n'est jamais intégralement remboursée. Voici comment prêter proprement — pour protéger votre argent et la relation.
Le malentendu qui détruit les amitiés
Le problème n'est presque jamais la malhonnêteté. C'est le flou : l'emprunteur retient « il me dépannera, je rembourserai quand ça ira mieux », le prêteur retient « il me rembourse dans six mois ». Deux ans plus tard, chacun est persuadé d'être dans son bon droit, et le repas de famille devient un champ de bataille.
Un papier signé ne dit pas « je ne te fais pas confiance ». Il dit : « nous sommes d'accord sur la même chose ». C'est exactement l'inverse d'une marque de défiance — c'est ce qui permet de ne plus jamais avoir à en parler.
L'écrit qui protège : la reconnaissance de dette
En Suisse, le document clé s'appelle la reconnaissance de dette. Signée à la main par l'emprunteur, avec un montant précis et sans condition, elle a un pouvoir que peu de gens connaissent : elle vaut titre de mainlevée provisoire au sens de l'art. 82 de la Loi sur la poursuite (LP).
Concrètement : si l'emprunteur ne rembourse pas et fait opposition à votre poursuite, ce simple papier permet de faire lever l'opposition par le juge en procédure rapide et peu coûteuse — sans procès ordinaire. Sans ce papier, prouver l'existence du prêt devient long, cher et incertain : un virement bancaire seul ne prouve pas qu'il s'agissait d'un prêt (l'autre peut prétendre à un don).
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- Fixez une date ou un échéancier précis. « Quand tu pourras » n'existe pas juridiquement — et c'est le flou qui tue. Même « CHF 200.– par mois dès janvier » vaut mieux qu'une promesse vague ;
- Versez l'argent par virement bancaire, jamais en espèces si possible : la trace bancaire complète la reconnaissance de dette ;
- Parlez des intérêts explicitement. En droit suisse, un prêt entre particuliers est gratuit sauf accord contraire (art. 313 CO). La plupart des prêts familiaux se font sans intérêts — mais écrivez-le, pour que ce soit un choix et non un oubli ;
- Faites signer une quittance à chaque remboursement partiel, ou notez les versements — chacun sait toujours où il en est.
Et si on ne vous rembourse pas ?
Procédez par paliers — chaque étape suffit souvent à débloquer la situation :
- Le rappel amiable, oral puis écrit (message ou email, pour garder une trace) ;
- La mise en demeure : un courrier recommandé fixant un dernier délai de paiement. Dès l'échéance, l'intérêt moratoire légal de 5 % l'an court (art. 104 CO) ;
- La poursuite : une réquisition de poursuite auprès de l'office des poursuites du domicile du débiteur (formulaire simple, émolument modeste). Si le débiteur fait opposition, votre reconnaissance de dette signée permet de demander la mainlevée provisoire (art. 82 LP) ;
- Sans reconnaissance de dette écrite, il vous reste l'action judiciaire ordinaire — nettement plus longue et coûteuse. C'est précisément ce scénario que le papier signé vous évite.
Bon à savoir : votre créance se prescrit par dix ans (art. 127 CO), et chaque poursuite ou nouvelle reconnaissance signée fait repartir ce délai.
Trois erreurs à ne pas commettre
- Prêter ce dont vous avez besoin. La règle des banquiers vaut aussi en famille : ne prêtez que ce que vous pourriez, au pire, perdre sans couler ;
- Multiplier les petits prêts sans trace. Trois fois CHF 500.– « entre nous » sont plus durs à récupérer qu'un prêt unique de CHF 1'500.– documenté ;
- Attendre des années avant de réclamer. Plus vous attendez, plus la dette se banalise. Un rappel poli dès la première échéance manquée maintient le sérieux de l'engagement.
Contenu indicatif, ne remplace pas un conseil juridique professionnel.